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Retour sur deux années d’université

 

Le logo de l’IUT de Villetaneuse, campus de Paris 13.

Il y a peu de temps, j’ai achevé mes deux années de formation au sein de l’IUT Informatique de Villetaneuse. Tout n’a pas été blanc ni n’a été noir. Disons simplement que je suis heureux d’en avoir fini avec la scolarité et d’être désormais à plein temps dans le monde du travail. Mais avant de conclure sur toutes ces années passées sur les bancs de l’école, faisons un récapitulatif.

L’alternance

J’ai eu la grande chance de pouvoir faire mes deux années d’étude en alternance. Non seulement j’avais l’enseignement théorique sur les bancs de l’université, mais j’ai pu le confronter avec la réalité du terrain en passant un mois sur deux en entreprise. Cela m’a donné également une expérience précieuse : je ne suis pas ignorant de ce qu’est une entreprise, des écarts qu’il peut y avoir avec la théorie, du rythme qu’elle impose, etc. Et puis disons le franchement : c’est cool d’être payé tous les mois !

L’alternance, c’est aussi supporter des inconvénients. On va travailler quand les autres sont en vacances. Quand on revient en entreprise après un mois d’école (voire jusqu’à 6 semaines dans mon cas), on est quelque peu perdu sur l’avancement des projets qu’on avait laissé ; dans l’autre sens, après 4 ou 5 semaines passées en entreprise, dur dur de se souvenir de toutes les matières qu’on a étudié avant. La fatigue s’accumule rapidement.

Enfin, la meilleure chose que j’ai retiré de cette expérience, c’est que l’alternance permet de se conforter dans ses choix d’orientation en montrant la réalité du métier.

Développeur ou conducteur SNCF ?

J’ai commencé à programmer en 2010 et jusqu’en 2013, j’ignorai complètement ce qu’était le développement en entreprise, avec les contraintes de temps, d’argent et de qualité qui l’accompagnent. Étant assez têtu, ma première année d’alternance s’est mal passée en entreprise. Je me suis donc dis que j’allais suivre ma deuxième passion : devenir conducteur de trains de banlieues en Île-de-France. Ça peut sembler étrange, mais il faut bien de tout pour faire un monde.

Cela a eu des conséquences. J’ai relaché mes efforts à l’école et mes notes en ont pâti. Je ne faisais que le minimum syndical au travail, ce qui dégradait de plus en plus mes relations avec ma première maître d’apprentissage. Avec le recul, je regrette de ne pas avoir founi plus d’efforts.

Pourtant, deux évènements m’ont fait changer d’avis. Tout d’abord, suite au départ de mon ancienne maître d’apprentissage, j’ai commencé à travailler avec un nouveau maître très sympa et avec qui j’ai de bonnes relations. J’ai ainsi repris gout à développer.

Le deuxième évènement est un déclic survenu après de nombreuses discussions avec de nombreux cheminots de la SNCF. Beaucoup m’ont déconseillé de faire le métier puisque la réglementation française va bientôt être supplantée par la réglementation européenne qui réduit les avantages du métier sans pour autant diminuer les inconvénients (un dimanche de repos tous les deux mois contre un tous les mois actuellement, possibilité de faire trois découchés à intervalle réduit contre un maintenant, etc).

Sans avoir vu ce qu’était le monde du travail pendant ces deux années, je pense que le retour à la réalité et retrouver ma motivation pour être développeur auraient été plus difficiles et brutaux. C’est pour ça que l’alternance a vraiment été bénéfique pour moi.

Qualité très disparate

Le principal reproche que j’ai à formuler contre ces deux années porte sur la qualité de l’enseignement. Si j’ai eu de très bons professeurs, passionnés par ce qu’ils font et ayant l’envie de transmettre, comme mon professeur de maths David Hébert, j’ai aussi eu affaire à de très mauvais enseignants, insultants et se foutant royalement de savoir si l’on comprenait ou non. Il y a aussi ceux qui ont trop d’égo et refusent d’admettre qu’ils puissent avoir tord. Heureusement que ces mauvais enseignants étaient minoritaires.

Ce qui me dérange aussi est que certains cours sont soit dépassés, soit ne sont plus adaptés à l’informatique d’aujourd’hui. Exemple de cours dépassé : vouloir nous enseigner le C++, ce qui est très bien, avec un support et un professeur qui font en réalité du C with classes. Ainsi, au lieu d’utiliser les versions C++11 et C++14 avec toutes les nouveautés et les bonnes pratiques (utilisations de conteneurs et non de tableaux C, utilisation de std::string et non de chaînes C, disparition de new et delete au profis des pointeurs intelligents, etc), nous utilisions du C avec des références et des new. C’est une très mauvaise chose. J’ai eu de la chance de rencontrer des développeurs experts en C++ qui m’ont formé au C++ moderne, mais d’autres n’auront peut-être pas cette chance et perpétuerons cette mauvaise pratique du C++.

Exemple de cours qui n’est plus adapté au monde informatique d’aujourd’hui : le cours de réseau tel qu’il nous a été dispensé. En effet, la seule chose que nous avons fait durant un semestre, c’est du calcul d’adresses IP, de sous-réseaux et autres joyeusetés faites automatiquement par pleins de logiciels de nos jours. Par contre, nous n’avons jamais parlé du Cloud, de la sécurité des réseaux, des VPN, de LDAP, etc. Je ne dis pas que savoir calculer un masque à la main ne sert à rien ; cela n’aurait simplement pas du faire l’objet de tout un semestre. Comble de l’histoire : c’est notre enseignement d’adminstration système et réseau, au 4ème semestre, qui a dû presque tout nous expliquer puisque l’enseignant du cours de réseau n’avait rien été fichu de nous apprendre.

Trop chargés

Alors oui, on va nous ressortir le cliché typique de l’étudiant qui s’y prend au dernier moment et qui se plaint d’être trop chargé. C’est un peu vrai, mais ce n’est pas l’unique raison pour laquelle je trouve l’emplois du temps mal fait. Il y a tout d’abord tous les contrôles fais la même semaine alors que l’alternance est une formation en contrôle continu ; les contrôles devraient être mieux répartis. Ensuite, il y a les professeurs qui oublient que nous sommes en période de travail et ne comprenent pas qu’on puisse être fatigués. Enfin, ceux qui aiment bien les annonces du genre : « Vous me ferez une présentation complète de votre entreprise pour demain » ou « Faîtes moi un CV et une lettre de motivation pour demain. Oui oui, même si vous avez déjà une entreprise ». Non, ce n’est pas parce que je suis étudiant que je ne fous rien de mon temps libre et oui, j’ai d’autres activités en dehors de l’école.

Conclusion

J’ai bien conscience que les critiques que je formule ne sont pas spécifiques à l’alternance, ni même au niveau de l’université. Et même s’il y a eu ces désagréments, l’alternance restera une expérience précieuse, notamment parce qu’elle m’a permi de confronter mes attentes, voire mes illusions, avec la réalité. De plus, cette expérience rend plus crédible auprès des recruteurs. C’est pour ça que je recommande l’alternance.

Si c’était à refaire, je pense que je referai, mais je m’y prendrais différemment. Voici quelques conseils que j’ai écris lors de mon rapport de stage final pour mes successeurs.

  • Ne sois pas borné mais plutôt ouvert d’esprit.
  • Chaque projet, test ou langage est une opportunité d’évoluer.
  • Ne reste pas dans ton coin mais demande de l’aide et ouvre-toi aux autres.
  • Ne sous-estime pas ce que tu as appris, tu ne sais jamais quand cela servira.
  • Remets en question, travaille, tri et ne garde que le meilleur.
  • Expérimente, demande, teste, échoue, recommence, cherche, trouve, affine, doute puis valide.
  • Peu importe ce que tu compte faire, profite de ces deux années pour voir la réalité.

Espérons que tu saura appliquer ces conseils mieux que moi.

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